Dans notre société contemporaine où la catégorie de « science » est hautement valorisée, l’ingénieur.e, évoluant au carrefour des sciences, des techniques et de la société, doit être capable de questionner le statut et l’évidence de cette catégorie. Pour ce faire, l’épistémologie et l’histoire des sciences nous invitent à une étude réflexive sur les sciences au travers de leur dynamique historique et des enjeux méthodologiques et philosophiques qu’elle soulève.

Pouvons-nous déterminer des critères de scientificité, méthodes et normes, distinguant « la » ou les sciences(s) du reste des connaissances humaines ? Est-il possible d’identifier ces critères ou leur constitution dans l’histoire des sciences en essayant de comprendre ce qui a départagé les théories scientifiques encore admises aujourd’hui de leurs rivales ? Cette histoire doit-elle se faire rétrospectivement depuis l’état actuel de nos connaissances scientifiques où les « vainqueurs » sont déjà connus, auquel cas l’histoire des sciences s’assimile au progrès de la pensée scientifique ? Mais ce cheminement est-il continu ? S’il est discontinu, entrecoupé de révolutions scientifiques à l’origine de théories scientifiques incomparables avec celles du passé, pouvons-nous encore parler de progrès ? La question de l’incidence des déterminants sociohistoriques se pose, non seulement sur les circonstances des « découvertes » scientifiques mais également sur la nature même des savoirs élaborés, ce qui contrevient à l’idéal d’objectivité et d’universalité des théories scientifiques. Devons-nous conclure à un relativisme scientifique ? Qu’en est-il du réalisme scientifique ? Les théories scientifiques représentent-elles le réel tel qu’il est ?

Nous montrerons comment la recherche de critères de scientificité à travers l’histoire a finalement abouti à remettre en cause leur permanence et à interroger l’historicité, c’est-à-dire l’évolution au cours du temps, de la catégorie de « science » et des notions associées de vérité, d’objectivité, d’universalité ou d’expérimentation, sans pour autant conclure à un relativisme. Aujourd’hui, certains historiens des sciences et des techniques proposent le concept de « régimes de savoirs », se succédant à travers l’histoire, afin de rendre compte de la production conjointe de l’ordre des savoirs et de l’ordre social.

 L’aperçu de ces débats et l’étude historique de cas précis doivent fournir aux étudiant.es ingénieurs des connaissances de base en épistémologie et sur l’histoire des sciences, ainsi que des outils conceptuels et des arguments critiques afin qu’ils puissent penser et problématiser les activités scientifiques actuelles dans leur intrication avec les techniques et la société et ainsi alimenter leur réflexion personnelle sur les pratiques de l’ingénieur.e.